Par David BRAULT, Fondateur et Directeur Associé d’Objectif CASH
Communauté Finance :Objectif CASH vient de fêter ses 5 ans. Quel bilan dressez-vous sur vos activités de Management de Transition au cours des 5 dernières années ?
David BRAULT : La France et l’Europe sont vieilles. La nouveauté et l’imagination font peur. Même chez les décideurs. Cette peur est non maîtrisée car la vie des affaires va de plus en plus vite et les acteurs économiques n’ont pas le temps d’analyser cette peur. Aussi, ils restent souvent au stade de la peur, et se tournent vers ce qu’ils connaissent c'est-à-dire l’intérim ou les grands cabinets d’audit. Des vieux métiers. Cela les rassure même si le plus souvent ils ne sont pas 100% satisfaits soit du service fourni soit de son coût. Nous avons eu l’impression d’aller un peu à contre courant au cours de ces 5 ans,. Nous avons, avec quelques autres, dépensé une énergie folle et des budgets de communication conséquents pour faire évoluer les mentalités. Nous avons pris des risques très importants à sortir du discours ambiant : le discours des RH. Finalement, avec le recul, le jeu en valait la chandelle. 100 % de nos clients ont compris que le recours au management de transition est incontournable. La nouveauté (le parler vrai ou le parler CASH) finit par s’imposer. La logique du marché s’impose comme un rouleau compresseur.
Communauté Finance :En quoi, selon vous, cette évolution vers plus de management de transition est elle incontournable ?
David BRAULT : Tout d’abord, nous sommes une réponse à une logique de coûts. Le client ne paye que ce qu’il consomme. Ensuite, le recours au management de transition (missions de quelques semaines à quelques mois) est par nature structurant. Il ne s’agit pas de reproduire l’existant. Reproduire l’existant, c’est de l’intérim. Nos managers sont volontairement surdimensionnés par rapport à la problématique de l’entreprise.
Communauté Finance :N’avez-vous pas l’impression que tous les cabinets proposent la même chose ? Qu’il y a comme une inflation du nombre de structures ?
David BRAULT : Il y a en effet beaucoup d’acteurs avec des propositions de valeur floues. Objectif CASH a choisi la voie de la spécialisation. Remplacer la DAF qui part en congé maternité ce n’est pas nous. Prendre un mandat de vente ou de levée de fonds ce n’est pas nous non plus. Faire des rapports, donner des conseils cela ne sera jamais nous.
Nous avons un seul métier : gérer des ruptures, accompagner des mutations, participer aux côtés des équipes de management à un sursaut et transformer les bonnes intentions des dirigeants et des actionnaires en un véritable saut qualitatif.
Nos clients sont sous pression. Ils sont dans une recherche permanente de flexibilité maximale. Nous avons des contrats cadres à l’année avec quelques grands groupes pour leur fournir en « marque blanche » des équipes de management dédiées, expérimentées, accompagnées et encadrées par nous sur le terrain et surtout opérationnelles immédiatement. La perception du métier est en train de changer…
Communauté Finance :Quelles tendances observez-vous ? Quelles évolutions sont en cours ou à venir ?
David BRAULT : Dans certains groupes, les CEO ou les CFO nous voient comme des perturbateurs du marché. Les Dirigeants aiment bien (il craignent pour leur avenir et on comprend pourquoi !) avoir leur relation en direct avec les cabinets de recrutement ou les agences d’intérim. Ils aiment bien rédiger un job description, recevoir et lire une vingtaine de CV, rencontrer 8 à 12 candidats, en sélectionner 3 ou 4 pour la short list…etc…Les DRH aiment bien aussi s’en mêler. Apporter comme on dit leur valeur ajoutée. Tout ceci ralentit le processus, l’ankylose. Et surtout ce processus coûte très cher à l’entreprise car pendant ce temps rien d’autre n’avance…en plus du fait que souvent au bout du bout, quand tout le monde a voulu mettre son grain de sel, ajouter ses critères, il faut reprendre le processus à zéro. Difficile de faire coller un processus RH qui veut anticiper tous les problèmes, analyser tous les risques et opportunités, avec une problématique opérationnelle centrée sur la résolution à très court terme de seulement un ou deux sujets prioritaires. Nous proposons, la plupart du temps, des solutions opérationnelles c'est-à-dire prêtes à l’action sous 48 heures. Nous couvrons le risque le plus grave de notre point de vue pour l’entreprise. Le risque de ne rien faire. Car si le management ne fait rien, à un moment cela se verra ou pire cela lui reviendra à la figure comme un boomerang. Nous engageons à chaque fois notre responsabilité sur la solution opérationnelle que nous préconisons. Dans un très petit marché, où tout le monde se connaît, ce n’est pas notre intérêt de nous tromper ou de ne pas assumer cette responsabilité. Ce changement d’approche (aller droit au but c'est-à-dire à l’action) est non seulement bien compris par nos clients mais parfois imposé par eux avec, selon les groupes, des aménagements du niveau de flexibilité souhaité. Il y a une prime à l’action immédiate qui est bien comprise et valorisée par de nombreux décideurs. Réactivité est le mot qui revient le plus souvent dans leurs attentes ou dans leurs commentaires à propos de nos prestations :
- un début de solution qui se dessine sous 48 H et qui prend rarement plus d’une semaine pour être déjà à l’action sur le terrain,
- un reporting en temps réel sur ce qui se passe sur le terrain (diagnostic au fil de l’eau, état d’avancement, freins, …),
- une adaptation des plans d’actions et du dispositif (niveau de ressources) en temps réel également.
Voilà pourquoi le basculement est en train de s’opérer.
Communauté Finance :Si les groupes se déchargent sur vous avec autant de flexibilité, cela doit finalement leur coûter assez cher ?
David BRAULT : Nos équipes sont composées de managers de terrain très expérimentés. Les missions que nous confient nos clients consistent à agir et non à écrire des rapports ou à coucher sur le papier des processus bien normés etc. Bien sûr, si le client nous demande ce type de prestations nous les délivrons. Mais c’est assez rare. Nous sommes missionnés pour agir vite, rattraper le retard, réparer des situations, protéger les actifs des entreprises, travailler avec les équipes permanentes sur le terrain, les faire adhérer, les former, recréer de la confiance, de la transparence.
C’est un savoir faire informel qui se met en œuvre à chaque fois et que l’on adapte à chaque nouvelle situation. On ne peut écrire dans un rapport ou une procédure tout ce que l’on fait dans une journée. Cela prendrait trop de temps. Le client n’est pas intéressé. Ce qui l’intéresse ce sont uniquement les résultats. Pas le « bla bla » qu’il n’est pas prêt à payer.
Donc en synthèse, l’avenir du management de transition c’est plus de délivrer un vrai service (Par exemple d’être capable de fournir des équipes opérationnelles spécialisées préalablement formées et constituées et de les encadrer sur le terrain) que de proposer des ressources ou des CV de gens que l’on a rencontré une fois et avec qui l’on n’a jamais travaillé.